• 9 (suite)

    Sherockee rigolait encore. Elle avait semé les agents depuis au moins cinq minutes , pourtant elle n’avait pas pressé le pas (à son avis). Maintenant, elle commença à accélérer. Elle courait de plus en plus vite, encore plus vite que lorsqu’elle avait traversé New York. Elle allait beaucoup plus vite que les voitures. Elle prenait les routes les plus rapides, parfois même des lignes de chemin de fer. Elle était maintenant à une vitesse d’environ cinquante kilomètres à la seconde. Elle allait encore plus vite. Elle courait toujours plus vite, elle passait tous les obstacles sans problème. Plus personne ne pouvait la voir. Elle accéléra encore. Là où une voiture mettrait quatre heures, elle mit un peu moins de cinquante secondes pour faire le trajet entre New-York et Washington. Elle arriva dans la ville. Elle ralentit et s’arrêta, complètement essoufflée. Elle se mit dans une petite rue pour reprendre son souffle. Elle s’assit par terre. Quelques personnes lui demandaient si tout allait bien. Elle répondait par un petit hochement de tête. Elle ne tenait plus sur ses jambes, mais elle se releva. Elle marcha jusqu’à la rue qui longe la maison Blanche. Elle rentra dans le parc discrètement. Elle monta dans un arbre, en essayant de ne pas attirer l’attention. Lorsqu’elle fut arrivée à la cime, elle observa les gens qui passaient en bas. Ensuite, elle passa à l’arbre à côté. Et puis encore celui d’à côté. Et ainsi de suite jusqu’à la fin de la rangée. Elle regarda en bas, il y avait un groupe qui visitait ; mais elle ne voulait pas aller visiter, elle voulait descendre sans se faire remarquer. Elle vit le groupe passer sous l’arbre qui la cachait, elle descendit à ce moment-là. Elle tomba dans un groupe de Japonais qui semblaient passionnés par les paroles du guide. Elle ne se fit pas voir, personne ne faisait attention. Elle suivit le groupe, qui rentra dans le bâtiment quelques minutes après. Elle suivit un petit moment avant de se cacher derrière de grands rideaux. Après, personne ne la vit, pas même les agents qui surveillaient le bâtiment. Elle passait dans les couloirs et se dirigeait comme si c’était sa maison. Elle monta des escaliers, en descendit, passait à gauche, à droite… Enfin, elle arriva là où elle voulait. Elle entra, et par chance, celui qu’elle voulait voir était là. Elle ouvrit la porte, sans frapper. Il sursauta en le voyant .

    Qu’est-ce que…

    Chut, c’est moi qui parle. Déjà, on se calme, je ne suis pas une terroriste et je ne suis pas une meurtrière non plus. Bien, maintenant, on se rassoit tranquillement dans son fauteuil, et on n’appelle pas la sécurité. Bien, je me présente : je suis Sherockee, la soi-disant tueuse de votre garde du corps et de multiples agents de multiples agences. Bien, si je viens vous voir, contrairement à ce que vous pourrez penser, ça n’est pas pour vous faire mourir dans d’atroces souffrances, mais juste pour vous demander un petit service. Si vous faire passez un petit message, ce serait super.

    Mais…

    Merci beaucoup ! Je vous donne ceci, se réjouit-elle en mettant une belle lettre sur le bureau, c’est pour les directeurs de toutes les agences que vous trouverez, celles que vous choisirez m’importe peu. Si vous voulez, vous pourrez même le faire en public, ça ira plus vite pour vous. Bref, faites comme vous le voulez. Merci beaucoup, je pense qu’avec vous, le message passera mieux que s’il sort de ma bouche. Je peux passer par votre fenêtre pour sortir ?

    Le président ne bougea pas, il était bouche bée ; Sherockee ouvrit la fenêtre et se glissa à l’extérieur. Elle descendit dans l’arbre juste dessous. Il était très imposant, elle n’eut pas de mal à s’y cacher. Il donnait sur le parc, qui ne désemplissait pas, mais cette partie était moins peuplée. Sherockee descendit et sortit tranquillement du parc. Elle marcha dans Washington un petit bout de temps, avant de trouver une cabine téléphonique pour s’arrêter. Elle fit un numéro en Angleterre, passa deux minutes au téléphone et raccrocha. Elle continua à marcher. Elle regardait de temps en temps derrière elle. Elle s’arrêta en plein milieu du trottoir, s’attacha les cheveux et mit sa capuche. Elle arriva devant un grand panneau. Il y avait des pubs mais aussi le titre des journaux. Elle soupira en les voyants. Tous parlaient d’elle. Ils parlaient de l’affaire et des problèmes du FBI pour retrouver “la tueuse infernale” comme l’indiquait le New York Times. Elle rit en voyant les noms qu’ils avaient trouvés. Ensuite, elle continua sa route. Elle ne savait pas où aller, alors elle se baladait dans Washington en attendant de trouver une idée. Elle arriva devant une petite boutique de bibelots. Elle entra et retira sa capuche. Une petite dame lisait un livre derrière le comptoir. Elle la salua et fit un tour de la boutique et tomba sur un petit étui à couteau, finement découpé dans du cuir. Elle était en admiration devant.

    Personne n’en veut de celui-là, dit la petite dame en prenant l’étui. Je vous l’offre si vous voulez ! Dites-moi, j’ai déjà vu votre tête quelques part… Vous me dites quelque chose. Je ne m’en souviens pas mais ça va me revenir. Vous voulez autre chose ?

    Non merci.

    Sherockee souriait, un grand sourire qui lui illuminait le visage et qui fit plaisir à la petite dame. Elles allèrent au comptoir. Il y avait une télévision derrière qui montrait les informations matinales. Sherockee leva la tête pour les regarder. Toujours son affaire. Un reportage montrait quelques photos du bureau du FBI et quelques images du directeur. Mais à la fin, ils montrèrent une photo de Sherockee, très nette. Elle fit un bond.

    Les salauds !

    Maintenant, tout le monde connaissait son visage. Si quelqu’un la voyait dans la rue à présent, elle était sûre que quelqu’un la dénoncerait. La petite dame se tourna vers Sherockee.

    Qu’y a-t-il ?

    Rien, rien… Juste… Non rien.

    La petite dame haussa les épaules et tendit l’étui à Sherockee. Sherockee lui tendit un billet de vingt dollars et dit de garder la monnaie. La petite dame secoua la tête mais Sherockee le posa sur le comptoir, prit l’étui et partit. Elle remit sa capuche, et sortit la tête basse. Elle mit discrètement sa dague dans l’étui et l’accrocha à sa ceinture. Elle rentra dans une cabine téléphonique, encore une fois . Elle refit le numéro qu’elle avait composé avant.

    Désolée de te déranger encore une fois, mais je pense que je vais devoir partir plus vite que prévu. Ils ont diffusé ma photo dans les journaux, et cette fois, on me voit assez pour me reconnaître dans la rue. Aide-moi s’il te plaît ! Je pense que si je reste encore une semaine, je vais avoir fait la moitié du continent avec tous les agents collés à mes fesses ! S’il te plaît !

    Elle insistait toujours avec son interlocuteur. Elle proposa plusieurs services, plusieurs marchés. Au bout de quelques minutes, son correspondant anglais finit par céder.

    Merci ! Merci beaucoup ! Je t’adore ! Je… Je t’aime ! Tu me sauves ! Je l’attends cet après-midi à quatorze heures, dans le parc. Oui, je vais m’en souvenir ! De toute manière, si je ne m’en souviens pas, tu n’es pas prête de me revoir ! Allez, je te laisse, c’est moi qui paye la communication ! Oui, à demain.

    Elle raccrocha, et sortit de la cabine. Elle marcha un peu et finit par aller dans le grand parc à l’ouest de Washington, en regardait de temps en temps derrière elle. Elle marcha dans les allées et finit par se perdre . Elle était toute seule, mais elle était contente. Elle n’avait plus à fuir personne. Elle s’installa dans un arbre, comme à son habitude. Elle regarda en contre-bas. Quelqu’un passa, Sherockee sauta de l’arbre et le plaqua au sol.

    Quand est-ce que tu arrêtes de me suivre ?

    Je ne sais pas, lorsque tu arrêteras de faire ta gamine immature… Ou alors, lorsque tu m’embrasseras !

    Ils rigolèrent. Sherockee se leva et aida l’homme à se relever. Il s’épousseta et se remit les cheveux en place.

    Bon, si on reprenait depuis le début ? Bonjour ma puce, comment ça va ?

    Arrête Greg, tu m’énerve ! Pourquoi tu me suis depuis ce matin ? Juste pour voir si je ne tue pas quelqu’un d’autre ?

    Entre autre… Mais surtout pour savoir si les humains sont aussi réactifs que tu le dis ; je te rappelle qu’ils ont montré ta photo aux infos ce matin. Tu as prévu quelque chose j’espère ? Sinon, il faudrait vraiment y réfléchir, parce que là, tu ne vas pas pouvoir tenir longtemps, surtout sans moi !

    Mais oui, bien sûr ! Je suis grande, je me débrouille toute seule ! Pour qui me prends-tu ? Je m’en vais cet après-midi et tu sais bien que ça va être du rapide ! Et toi, qu’est-ce que tu as prévu ? Tu vas continuer à tourmenter toute la terre, ou tu as prévu un gros coup pour une fois ?

    Non, rien de spécial. Enfin, si, la routine, voire peut-être un peu plus. J’ai prévu un coup que personne n’oubliera ! Mais je ne t’en dis pas plus, il faut savoir faire des surprises !

    Sherockee inclina la tête en regardant Grégoire. C’était un grand homme, trois tête de plus que Sherockee. Il avait des cheveux très sombres, mais des yeux d’un magnifique gris. Il avait de longues mains avec des doigts fins et de longues jambes. Il avait un look décontracté qui laissait voir qu’il n’était pas du genre à travailler dans les bureaux.

    C’est tout ? Je pensais que tu avais prévu quelque chose d’un peu plus…

    C’est bon, j’ai compris ! Mais arrête de lire dans mes pensées ! On ne peut rien te cacher, ça m’énerve ! C’est pénible ! Mince, je n’ai pas vu l’heure. C’est vraiment amusant de te suivre, on ne voit pas le temps passer. C’est dommage, mais il faut que j’y aille. Tu veux venir avec moi ? Je vais voir mes amis… Tu ne veux pas venir ? Pourtant ils t’adorent tu sais !

    Oui, je sais mais ils m’aiment comme vous les démons pouvez aimer ! Alors, je préfère rester dans mon arbre là-haut, au moins je suis tranquille ! Allez, vas-t-en !

    Ils rigolèrent encore. Grégoire s’en alla, Sherockee remonta dans l’arbre. Lorsqu’il fut assez loin, elle prit une pomme de pin et lui lança sur la tête. Grégoire se retourna et fit un geste extrêmement malpoli à Sherockee. Elle le lui rendit,  tira la langue et lui fit la grimace qui allait avec. Ensuite, elle se remit dans son arbre et s’installa sur une branche. Elle s’allongea et resta un moment comme cela, sans bouger. Quelques minutes plus tard , elle entendit des pas. Puis, des voix, chuchotant.

    Je t’ai déjà dit que de toute façon, même si on ne la retrouve pas, quelqu’un va la trouver. Elle n’a pas pu aller très loin ! Alors, maintenant arrête de te plaindre.

    Ça fait bien trois heures que l’on suit sa trace, et comme par hasard, elle a disparu ! Tu ne trouves pas ça étrange ? Tu veux vraiment que l’on fasse tout le tour de la ville ? Parce que moi non !

    Sherockee ne bougea plus dans son arbre. Il y avait peu de chance pour qu’ils la trouvent, mais elle était inquiète. Elle regarda passer les deux agents, un homme et une femme. Ils cherchaient désespérément Sherockee qui les regardait passer sans bouger. Elle les suivait très attentivement. Ils marchaient côte à côte, aux aguets, la main sur leurs armes. Sherockee les regarda passer et se rallongea. Quelques instants après , elle entendit encore des pas. Elle regarda une nouvelle fois, ils passaient dans l’autre sens. Sherockee se releva, toujours cachée par l’épais feuillage. Elle regarda autour d’elle, cherchant une caméra qui aurait pu la voir. Elle fit un tour d’horizon, mais ne vit rien. Rien, que des feuilles, des arbres et le ciel. Pas une caméra. Elle s’assit et les écouta. Ils étaient encore assez loin pour ne pas la voir.

    Elle n’est pas loin, chuchota l’homme. Heureusement qu’elle a gardé le mouchard… Et heureusement qu’ils l’ont activé, sinon on tournait en rond pour trois semaines encore ! Pourquoi ils l’ont activé si tard ? On aurait pu éviter de faire le tour de la ville !

    Sherockee se releva et chercha sur elle. Elle trouva le mouchard accroché à la manche de sa chemise.

    « Mais bien sûr ! Ce crétin de directeur me l’a mis lors de l’interrogatoire… Comment ai-je pu me faire avoir comme ça ! Une débutante… Bon, maintenant, ils vont me trouver... Sauf si j’enlève ce truc et que je m’en vais sans… Non, ils sont trop prêt… Tant pis, je le lance et ça ira. »

    Elle le décrocha, déchirant un peu la chemise, et le lança de toutes ses forces. Il fut projeté loin, mais les agents continuèrent leur chemin.

    Elle a balancé le mouchard !

    Ils arrivèrent juste en dessous de l’arbre de Sherockee. Elle se leva et sauta dans l’arbre d’à côté, commença à courir et sauta dans celui encore d’à côté, puis encore celui d’à côté et ainsi de suite. Les agents lui couraient après. Ils voyaient bien les feuilles bouger, mais ne la voyaient toujours pas. Elle commença à courir de plus en plus vite , elle sautait de plus en plus loin. Elle sema les agents, mais alla encore plus loin. Elle sortit du parc, remonta une grande avenue et rentra de nouveau dans le parc, mais cette fois plus au nord. Elle monta dans un nouvel arbre, plus grand cette fois, mais toujours aussi feuillu. Elle s’assit sur une branche et se prit la tête entre les mains. Elle n’en pouvait plus de fuir tout le monde comme cela. Elle s’allongea. Elle reprenait son souffle. Elle avait beau avoir fait un court trajet, elle n’avait plus de force.

    « Bon, maintenant, je dois attendre… Je ne peux pas rester là pendant des heures sans rien faire ! Mais je ne peux pas sortir en ville non plus… Qu’est-ce que je vais faire ? »

    Elle se releva et regarda autour d’elle. Il n’y avait pas un bruit, seulement le vent dans les feuilles. Elle regarda ses vêtements, elle vérifiait qu’aucun autre radar n’était sur elle. Lorsqu’elle eut fait le tour, elle descendit d’une branche. Ensuite, elle fit le tour de l’arbre, et le descendit entièrement d’un seul bond. Une main lui toucha l’épaule. Elle sursauta et tomba par terre.

    Mais qu’est-ce que vous avez tous à me faire peur ?

    Elle se tourna et vit Grégoire debout devant elle. Il l’aida à se relever.

    Désolé, mais je ne pensais pas que tu étais aussi peureuse. Tu ne veux pas venir avec moi ? Je n’ai pas envie de me retrouver tout seul et puis, on peut passer un peu de temps ensemble, je pense que ça te fera du bien d’oublier tes soucis. Tu cours très bien, surtout lorsqu’il s’agit de fuir des agents ! On voit que tu as de l’entrainement, ils ne risquent pas de te retrouver de sitôt !

    Sauf si…

    Ah non ! Allez, viens, je t’emmène avec moi, on va s’amuser un peu ! Mais d’abord, tu te changes ! Allez mademoiselle, on ne fait pas la difficile, on change, en démon s’il vous plaît !

    Greg, je ne peux pas me changer là ! Je n’ai pas assez de force ! Toi, change-toi ! Mais où est-ce que tu m’emmène ?

    Je ne te le dirai pas ! Tu verras par toi-même ! Et ne fait pas cette tête d’enfant ! Non pas ces yeux ! Arrête de me torturer !

    Sherockee inclinait la tête avec les yeux d’une enfant suppliant ses parents d’acheter des bonbons ou un jouet coûtant une fortune. Ils rigolaient tous les deux. Sherockee mit sa capuche et changea de tête. Lorsqu’elle retira sa capuche, Grégoire la prit par la main et l’entraina hors du parc. Ils se baladèrent dans la ville et entrèrent dans un musée. Ils le visitèrent pendant une heure et demie , en rigolant beaucoup. Ensuite, ils allèrent s’installer sur un banc, le long du Potomac. Ils s’assirent. Sherockee regarda le fleuve qui coulait tranquillement et se perdit dans ses pensées, jusqu’à se rappeler d’un merveilleux souvenir.


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