• 20 (suite)

    Sherockee ne répondit pas. Elle sentit une joie immense l’envahir, comme le premier rayon de soleil après un hiver nuageux et froid. Elle sentait son cœur battre fort, ses poumons s’emplir d’un air pur. Elle était heureuse. La petite fille ne mit pas longtemps à s’endormir profondément. Sherockee ne dormit pas de la nuit, mais ça lui était égal. Le soleil commençait à se lever lorsqu’elle entendit frapper à la fenêtre. Elle retira doucement son bras et se leva, en faisant le moins de bruit possible. Elle embrassa la petite sur le front et sortit par la fenêtre. Une flèche se planta juste à côté d’elle, dans le mur. Sherockee ria, la prit et sauta de la fenêtre. Elle arriva dans l’arbre, une nouvelle flèche arriva et se planta dans une branche. Elle la prit aussi, et s’en alla en courant. Elle prit des plusieurs rues, toujours en récupérant les flèches qui étaient tirées. Enfin, elle arriva dans Central Park, où elle s’arrêta derrière un arbre. Une nouvelle flèche arriva, elle se baissa et la prit.

    – Je crois que j’ai toutes tes flèches là, non ?

    Danam arriva, son arc en main.

    – C’est bon, tu t’es bien amusée ? Rends-les-moi maintenant ! Le jeu est fini !

    – Ok !              

    Sherockee planta toutes les flèches dans la terre, en les enfonçant bien. Danam lui lança un regard noir.

    – Dis, pourquoi tu es toujours obligée de me faire chier ?

    – Je ne sais pas, mais c’est vachement drôle ! Bon, sinon, à part me lancer des flèches pour que je les plante comme des arbustes, tu voulais quelque chose ?

    – Qu’est-ce que tu fais depuis hier ? Tu ne vois pas que tu fais n’importe quoi ?

    – Pourquoi ? Je ne trouve pas que regagner la confiance des gens c’est faire n’importe quoi !

    – Sauf quand les gens ce sont les humains ! Tu ne peux pas leur faire confiance ! Ils ne sont pas comme les autres peuples ! Ils sont débiles !

    – Je ne te laisserai pas dire ça ! Les humains ont certes des défauts, mais ils ont beaucoup d’intelligence, peut-être plus que toi ! Tu n’as pas vu comment ils arrivent à changer de simples morceaux de métal ou de bois pour en faire un instrument ? Tu n’as jamais goûté leurs mélanges entre les aliments qui donnent des saveurs merveilleuses ? Mieux encore, tu n’as jamais prêté attention à leurs sciences ?

    – Je ne te parle pas de ça Sherockee ! Tu ne peux pas encore avoir confiance en eux ! Pas après ce qu’ils t’ont fait !

    Sherockee regarda Danam dans les yeux. Il savait qu’il en avait trop dit, encore une fois. Et cette fois, Sherockee ne voulait pas laisser tomber.

    – Maintenant, tu vas me dire. Je veux comprendre Danam, je sais qu’il y a quelque chose que tu me caches, quelque chose qui te fais mal. Je sais qu’il y a quelque chose qui nous relie, quelque chose entre nous. Mais je ne sais pas quoi. Toi, tu le sais. Et ça ne te fais pas du bien de le garder. Dis-moi, je t’en supplie !

    Danam n’avait qu’une envie : s’en aller. Mais il ne pouvait pas. Le regard merveilleux de Sherockee le retenait planté là. Il ne voulait pas répondre, mais elle continua à insister.

    – S’il te plaît…

    – Tu n’es pas prête.

    – Pas prête à quoi ? Quand est-ce que je serai prête d’après toi ?

    – Je ne sais pas. Mais tu ne l’es pas.

    – Danam ! J’ai toujours appris des choses avec les peuples, même les choses les plus incroyables et les plus dures ! J’ai vu des choses qui m’ont terrifiées ; j’ai vu un enfant mourir à la guerre, une personne mourir dans mes bras, j’ai vu la mort s’abattre sur un monde tout entier, j’ai vu l’obscurité remplacer à jamais le jour… Je n’ai pas peur de ce que tu as à me dire et je veux savoir ce que tu me caches. Je te connais depuis longtemps, j’ai l’impression de t’avoir toujours connu. Pourtant, je ne sais rien de toi. Je ne sais rien de nous.

    Le visage de Danam changea radicalement tout d’un coup. Une ombre de tristesse l’envahit, un voile couvrit ses yeux. Sherockee le remarqua. Elle se rapprocha un peu.

    – Qu’est-ce qu’il y a ?

    – Rien… Rien.

    – Ne mens pas, il y a quelque chose qui ne va pas.

    – C’est rien je te dis !

    – C’est à cause de ce que j’ai dit ? C’est ça ?

    Danam ne voulait plus répondre. Il avait l’impression que la discussion allait beaucoup trop loin, mais il ne pouvait pas bouger de là. Quelques instants passèrent, en silence. Sherockee sourit et mit les mains sur les hanches.

    – Tu n’es pas devenu muet en quelques secondes quand même ? Ce serait vraiment dommage sinon, je ne pourrai plus rire parce que tu m’en mets plein dans la gueule ! Ma vie serait vraiment beaucoup moins marrante sans tes répliques de la mort qui tue !

    Sherockee rit.  Danam n’arrivait plus à réfléchir, comme si les pensées s’étaient bloquées instantanément dans sa tête. Il serra un peu les poings.

    – Tu m’as déjà parlé de “nous”, ensemble.

    – Quoi ? Sérieusement ?

    – Oui.

    – Je m’en souviendrais, non ? Tu délires ou quoi ?

    – Non et je m’en rappelle très bien. Comme si c’était hier.

    – Sérieusement ?

    – Sérieusement.

    Sherockee réfléchit quelques secondes. Elle savait ce que voulais dire Danam par “nous, ensemble”. Elle savait que c’était pour parler d’un moment où ils étaient proches, mais pas de la façon dont ils l’étaient à ce moment. Une façon plus proche, où ils étaient plus en accord, peut-être vraiment beaucoup plus.

    – Danam, je ne vois vraiment pas quand ça aurait pu arriver ! Regarde comment on se parle, remonte aussi loin que tu veux, je ne vois vraiment pas.

    – C’est normal. Tu ne peux pas savoir. Tu ne veux pas te rappeler.

    – Comment ça ? Bien sûr que je le veux !

    – Non, sinon tu n’essayerais même pas d’aider les humains !

    Sherockee souffla et inclina la tête.

    – Bon, dis, tu veux bien me dire ce qu’il se passe dans ta tête ? Qu’est-ce qu’il y a là-haut ? Pourquoi tu me le caches, hein ? Tu as peur de quoi au juste ?

    Danam serra fortement les poings. Mais elle continuait.

    – Tu as peur pour moi ? Non, je ne pense pas… Tu as peur pour toi ? Tu as peur que je sache la vérité sur une partie de toi que tu cherches à cacher ? Tu as peur de te montrer faible, de montrer que tu es comme tout le monde, avec tes faiblesses ? Tu as des faiblesses, je le sais ! Tu n’es pas un mec qui n’a peur de rien, tu as des faiblesses Danam !

    Ce fut de trop. Danam voulu attraper Sherockee au cou, mais elle esquiva le coup et se mit derrière lui. Il se retourna en un quart de seconde et tenta plusieurs fois de la frapper. Mais elle faisait preuve de toute l’agilité et de toute la rapidité dont elle était capable, esquivant coup sur coup. Jusqu’à ce que Danam la fasse tomber en lui infligeant un coup de jambe sur les genoux. Elle tomba par terre, il se jeta sur elle. Il la prit à la gorge, leva son poing, mais le garda en l’air. Finalement, il baissa le bras, se releva et partit. Sherockee se redressa aussi brusquement qu’elle était tombé et couru derrière Danam.

    – Quoi ? C’est tout ? Tout ça pour ça ? Danam !

    Elle était énervée. Elle marchait vite, en frappant du pied dans les pierres sur son chemin. Danam continuait à marcher, les poings serrés et la tête basse, mais elle n’avait pas envie de le suivre indéfiniment. Elle s’arrêta et râla, prononçant des mots incompréhensibles. Elle allait se retourner lorsqu’il fit demi-tour. Lorsqu’il arriva à sa hauteur, ne releva pas la tête, mais fit un signe de la main.

    – Suis-moi, chuchota-t-il.

    Sherockee soupira et passa derrière lui. Elle ne savait pas pourquoi elle continuait à faire ce qu’il lui demandait. Ils marchèrent pendant une quinzaine de minutes, pour arriver dans une partie déboisée du parc, une plaine d’herbe. Il commençait à y avoir un peu de monde, malgré l’heure matinale. Sherockee s’arrêta devant Danam.

    – Bon, j’aime bien les petites balades, mais si tu pouvais me dire ce que tu veux faire maintenant, ce serait gentil.

    – Je vais te montrer.

    – Mais tu sais, on n’a pas besoin de faire tout New-York pour trouver une impasse pour se cacher derrière une benne ! Tu me donnes ta main, tu me laisses faire et c’est bon !

    – Non Sherockee, ça ne fonctionne pas comme ça pour les souvenirs comme les miens. Et puis, j’avais seulement l’attention de m’arrêter un peu plus loin, mais ça m’est égal, on peut s’arrêter ici.

    – Très bien ! Bien, maintenant, si ma méthode ne fonctionne pas pour tes souvenirs, comment on fait ?

    – Tu me fais confiance ?

    – Non !

    – Fais-moi le plaisir de me faire confiance juste pour cette fois !

    Avant que Sherockee n’ai le temps d’ajouter quelque chose, Danam posa sa main sur son front. Elle sentit soudain le sol se dérober, ou plutôt ses jambes ne plus pouvoir la soutenir. Elle ferma les yeux sans le vouloir, sentit une main la rattraper et son corps tout entier se poser au sol.


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