• 16 (suite)

    Centre correctionnel d’Attica, un mois plus tard

    Sherockee tournait en rond dans sa cellule. Elle devenait complètement folle, et le savait. Elle avait complètement bousillé les murs. Elle avait frappé dedans et le béton s’était fissuré, laissant tomber quelques plaques. Elle avait aussi réussi à tordre le métal de sa porte, toujours en frappant dedans. En un mois, une bonne partie des agences des Etats-Unis avait demandé que le procès soit fait. Et il fut fait. Sherockee eu son procès deux semaines auparavant. Sandra n’avait réussi qu’à atténuer la peine, lourde encore. Elle avait essayé de ne pas pleurer lorsque Sherockee partit, celle-ci avait gardé le sourire.

    Déjà, Sherockee était allée dans la prison de Rikers Island. Elle y passa une semaine. Elle frappa une autre détenue dans le réfectoire le troisième jour ; elle cassa des dizaines de menottes, envoya une barre de la porte de sa cellule sur un employé le sixième jour. Elle s’était battue avec un gang de détenues le dernier jour. Enfin, elle avait failli réussir à s’enfuir, on ne sait trop comment, alors qu’elle était transportée de la prison au centre correctionnel. Elle était maintenant dans une cellule d’isolement. Elle faisait des tours, des tours. Elle pouvait sortir en frappant plusieurs fois dans les murs, mais elle savait que si elle le faisait, elle aurait encore d’autres problèmes. Elle finit par s’asseoir par terre. Elle était dans un état des plus étranges. Elle était dans une colère noire, bouillonnante de rage, mais en même temps, elle avait le cœur en vrac, les nerfs à fleur de peau et les larmes qui ne demandaient qu’à couler. Elle ne comprenait plus rien, tout semblait se mélanger.

    Elle se releva, se dirigea vers la porte et cria, cria, cria. Personne ne lui répondit, alors elle frappa dans la porte. Elle frappait sans contrôler sa force. À un moment, la porte vola à l’autre bout du couloir. Une alarme se mit en route, Sherockee se remit dans le fond de sa cellule. Elle se roula en boule. Des employés pénitenciers et des militaires arrivèrent en moins de trente secondes. Sherockee ne bougea pas. Rien ne semblait pouvoir la faire bouger. Elle finit par se lever, doucement, les mains levées. Les larmes qu’elle avait retenues depuis une semaine coulaient sur ses joues. Les agents pénitenciers essayèrent de la prendre par les bras, mais elle se débattit et finit par s’énerver et par leur crier dessus violemment. Les militaires essayèrent de la contrôler, mais le résultat fut le même. Sherockee les menaça même de s’enfuir pour de bon. Les militaires la regardèrent.

    – T’enfuir ? Et comment ?

    – Vous voulez vraiment que je vous fasse une démonstration ? J’en suis tout à fait capable, mais il ne faudra pas vous plaindre que je suis partie !

    Ils se regardèrent, amusés et retentèrent de la bloquer et de la prendre par les bras. Cette fois, Sherockee s’énerva vraiment. Elle les frappa tous à sang. Ils n’avaient même pas eu le temps de réagir. Ensuite, elle frappa dans les murs, qui s’écroulèrent au bout de deux coups successifs. Elle fit tout le couloir. Des détenus purent s’en aller, mais Sherockee ne comptait pas en rester là. Elle prit la direction du réfectoire, où des militaires l’attendaient les armes chargées, prêtes à tirer. Mais Sherockee était insensible aux balles… Les militaires tirèrent, mais Sherockee continua à avancer. Elle détruit encore quelques murs, assomma quelques militaires et aida quelques détenus à sortir. Ils essayèrent de suivre Sherockee, mais elle empruntait volontairement les endroits où il y avait le plus de personne qui surveillait. Tout le centre pénitentiaire était en état d’alerte maximum. Sherockee finit par sortir à l’extérieur, après avoir passé des dizaines de fumigènes et pièges pour empêcher les détenus “normaux” de s’enfuir. Elle escalada les grillages avec une facilité déconcertante. Elle arriva devant le grand mur de sécurité, elle se posta devant, calmement. Des hélicoptères militaires volaient au-dessus du pénitencier. Elle les regarda en souriant et leur fit un signe très malpoli. Les militaires lui criaient de s’arrêter de bouger, de mettre les mains en évidence, etc. Elle ne les écouta pas, elle fit la sourde. Elle regarda le mur devant elle, prit un peu d’élan et frappa, en mettant toute sa force dans son bras. Un bruit sourd se fit entendre. Le mur se fissurait de tout son long, sous les yeux écarquillés des militaires. Un silence pesant s’installa. Soudain, le mur s’effondra, faisant s’élever un épais nuage de poussière. Sherockee rit. Un rire cristallin, semblable à celui d’un enfant qui fait s’écrouler un château de carte.

    Elle savait qu’elle avait commis une grave erreur, mais elle n’arrivait plus à se contrôler. Certains détenus qui avaient réussi à s’enfuir couraient déjà vers la “liberté”, vite arrêtée par les barrières de militaires postés tout autour de la prison. Sherockee se sentait beaucoup mieux. Elle se mit à courir aussi vite qu’elle le put. Elle sentait le vent dans ses cheveux, le sol qui s’effaçait sous ses pieds. Elle avait la tenue de la prison, mais elle n’en avait rien à faire. Elle prenait de la vitesse et avait semé depuis longtemps les hélicoptères. Elle passa la frontière avec le Canada, traversa Hamilton et London, puis arriva à Detroit. Elle s’arrêta dans la ville, dans une des parties fantôme, désertée. Elle reprit son souffle quelques minutes avant de repartir, aussi vite. Elle traversa tout le continent en courant ainsi, même dans les montagnes. Elle se sentait beaucoup mieux ainsi, en courant aussi vite. Elle arriva finalement à une plage, sur la côte ouest. Elle s’arrêta brusquement, ce qui fit une énorme trace dans le sable. Elle plongea ses pieds dans l’eau et respira profondément. Les rouleaux se cassaient au loin, et formaient de belles vagues qui s’écrasaient sur la plage. Sherockee retira la tenue de la prison et détacha ses cheveux. Elle rentra dans l’eau, lentement. Les rouleaux s’écartaient de son passage. Personne n’était là, la plage n’était pas très prisée. Sherockee s’enfonça dans l’eau. Elle continuait à marcher ; lorsqu’elle fut complètement dans l’eau, la mer se referma derrière elle. Elle nagea de longues heures, toujours à la même profondeur. Elle nageait lentement, sans se presser.

     Cela faisait maintenant quelques dizaines d’heures qu’elle s’était enfuie du centre correctionnel, le monde entier était certainement en alerte. Au bout d’un moment, elle remonta à la surface. Elle ferma les yeux et sortit complètement de l’eau, comme si elle eut été tirée de la mer par des fils, pour monter. Elle montait encore et encore. À une bonne distance du niveau de la mer, Sherockee avança et posa le pied sur du sable fin. Une terre étrange se dévoilait sous ses pieds. Une terre semblable à une île, mais au-dessus de la mer. Elle ne sera jamais sur les cartes ; peu de personne peuvent la voir. Rien ne paraissait vivant. Le sable gris cendre s’envolait au vent ; la terre craquelée s’étalait jusque loin dans l’horizon, comme si elle était infinie. Certains rochers imposants étaient posés au milieu de la terre brune, accrochant les nuages. Ils étaient rougeâtre, orangés. Certains semblaient être des piliers du ciel tant ils étaient grands. Les nuages tournaient au-dessus d’eux, comme de grands cerceaux.

    Sherockee eu un frisson. Cela faisait longtemps qu’elle n’était pas venue ici, elle avait oublié combien cet endroit était hostile et froid. Elle n’était pas là pour le plaisir mais savait qu’elle devait faire ce qu’elle avait à faire. Elle avança sur la terre et s’approcha du plus haut des rochers ; sur le haut de l’édifice, une tornade était toujours présente ; Sherockee se mit lentement à genoux, les paumes tournées vers le ciel. La tornade doubla d’intensité, mais Sherockee ne semblait pas s’en inquiéter. Elle posa sa main sur la roche. Un bruit indistinct et indescriptible fit résonner toute la pierre et trembler la terre. Sherockee souffla et ferma les yeux.

    – La pluie peut tomber, les larmes peuvent couler, le soleil peut se coucher, les hommes peuvent se tuer… La vie continuera son infernale tourbillon tant que mon âme restera limpide et mon cœur clair. Les bêtises des peuples ne sauront jamais déstabiliser ce qu’il me reste, et puisque toi, Enfer des âmes sombres, sait qu’il faut limiter l’effroyable dans ce monde, je te demande d’enfermer l’âme qui s’est installée en moi. Je te supplie de m’aider à retrouver l’avant, à retrouver le chemin que j’ai choisi.

    Sur ces mots, la pierre se mit à briller, une lueur bleutée, très puissante. Sherockee se leva, lentement, en gardant toujours la main sur la roche. La lueur l’entoura et laissa place à un pantalon noir sertit de pierre bleue et à un t-shirt blanc, finement cousu de fil d’or. Une immense porte se dessina dans la roche. Un vent froid souffla. La tornade avait tellement grandi qu’elle faisait maintenant tout le diamètre du rocher. Pourtant, un calme étrange régnait, aucun bruit ne troublait le silence. Le scénario catastrophe parfait pour un film. Cependant, Sherockee ne semblait toujours pas inquiétée. Elle s’approcha de la porte, en laissant glisser sa main. Une petite lueur dorée s’illumina sous la peau de son poignet, remontant dans sa main pour arriver dans ses doigts. Mais la lueur se figea avant de s’éteindre brusquement. La porte disparue, tout comme la tornade. Sherockee ne comprenait pas, elle se retourna et se reçu une flèche dans le ventre. Elle tomba, mais réussi à se rattraper à la roche. Elle s’assit en s’adossant à la pierre. Codven arriva en premier, un arc dans la main, suivit de Danam. Sherockee les regarda avec mépris et retira la flèche. Elle la planta dans la terre, ce qui la fissura jusqu’aux pieds des deux hommes qui s’approchaient. Codven rit.

    – Eh ben ! Tu es en forme dis-moi !

    – Non, énervée serait plus juste ! Qu’est-ce que vous venez faire ici ?

    – Nous venons pour toi ! Très belle évasion, répondit Danam en se mettant devant Sherockee, les humains n’ont rien compris… Tu es recherchée dans le monde entier ! J’ai un marché à te proposer.

    – Tu sais où tu peux te le mettre ton marché ?

    – Calme-toi, je ne te l’ai même pas encore proposé. Si je te dis que je peux me débrouiller pour que toute ton histoire soit arrangée et que les humains aient, de nouveau, confiance en toi ?

    – Qu’est-ce que tu veux en échange ? Allez, dis-moi !

    – Je vois que l’on se comprend ! Je veux que tu me laisse rentrer Là-Dedans !

    Le sang de Sherockee se glaça. Elle sentit la colère monter en elle, et en moins de deux secondes, elle n’arrivait plus à se contrôler. Elle se releva brusquement.

    – Mais qu’est-ce que tu veux Là-Dedans ? D’abord tu veux me prendre la clé qui permet de l’ouvrir, et maintenant tu veux carrément y rentrer ? Mais qu’est-ce que ça veut dire ?

    Une violente douleur l’obligea à se rasseoir. Danam voulut l’aider, mais elle lui lança un regard noir qui le retint. Elle se plia en deux.

    – Comme j’aime lorsque tu te mets dans cet état ! Tu es vraiment incroyable… Mais je pensais que tu avais déjà compris depuis tout ce temps ! Tu n’y as pas réfléchi pendant tes quatre mois sur la banquise ? Je vais t’expliquer… Mais plus tard ! Lorsque tu m’auras ouvert cette porte…

    – Non, d’abord tu m’explique, après j’ouvre. Et je te préviens, la flèche qui est plantée juste là peut encore servir !

    – D’accord, comme tu veux… Vois-tu, depuis toujours, tu es reliée à nous, de plusieurs façons ; même si tu ne voudras jamais l’admettre. D’abord, tu as cette partie sombre qui déclenche en toi des “crises”, des moments où tu ne peux pas te contrôler. Ensuite, tu es reliée à nous par l’esprit ; voilà pourquoi tu fais ses cauchemars… Enfin, il y a une seule chose qui nous relie vraiment, mais que tu as oublié, que tu ne veux pas voir. Et ça, je ne vais pas te le dire, car tout pourrait changer entre nous.

    Sherockee ne sembla pas faire attention à cette dernière phrase, elle n’y réagi pas.

    – Maintenant, dis-moi ce que tu veux faire Là-Dedans.

    Sherockee s’était radoucie, elle était plus calme. Le sang coulait encore de son ventre, mais elle ne s’en préoccupait plus. Un sourire illumina le visage de Danam. Codven les regardait, il ne disait rien, il les laissait se débrouiller entre eux.

    – Déjà, nous t’avons amené ici, mais je pense que tu l’avais remarqué, n’est-ce pas ?

    – Oui, mais même quelqu’un de complètement débile l’aurait compris !

    – Non, pas forcément. Tu te sous-estime ! Un humain par exemple, aurait accusé le destin, un ange aurait accusé un démon, un démon aurait accusé un innocent… Tu comprends ? Toi, tu réfléchis, toujours. Tu as pensé, tu as cousu des éléments ensemble. Tu sais beaucoup de choses… Tu en comprends beaucoup aussi. Mais alors, pourquoi ne vois-tu pas ?

    – Qu’est-ce que je devrais voir ? Je ne comprends pas, Danam ! Explique-moi au lieu de tourner autour du pot !

    – Mais je t’explique ! Sois patiente, veux-tu ? Un Univers entier tourne tout autour de toi, mais plusieurs monde se côtoient et se disputent. Toi, tu essayes tant bien que mal de les réunir, de les assembler. Ils pourraient s’unir, ils le pourraient… Mais l’envie du pouvoir t’en a toujours empêché. Tu as toujours eu de gros problèmes avec ça, tu n’as jamais réussi à contrôler cela. Le problème, c’est que tu ne comprends pas cette envie de puissance, tu ne peux pas. Même si tu essayes toujours de contrôler tout cela pour les autres, jamais cette guerre ne cessera. La puissance… Voilà ce que je veux Là-Dedans.

    – La puissance ? Mais… Comment ? Comment veux-tu faire ?

    – Je reconnais là ton esprit affuté… Mais penses-tu vraiment que je vais te le dire ?

    – Non, bien sûr que non… Tu n’es pas assez débile pour faire ça… Mais moi, je suis assez bête pour te le demander !

    Sherockee secoua la tête en souriant. Elle réussit à se relever, mais elle dut garder sa main sur son ventre. Codven s’était assis plus loin, il les regardait sans rien dire. Sherockee posa sa tête contre la roche, pour réfléchir. Danam la regardait, mais semblait s’impatienter.

    – Bien, maintenant, c’est à toi de choisir !

    Sherockee semblait un peu perturbée. Son cerveau était en ébullition. Elle ne réussissait pas à savoir ce qu’elle devait faire. Elle savait qu’elle ne pouvait pas tout avoir ; elle devait choisir entre les humains, ses prochains jours sur Terres et le contrôles des forces, d’elle-même. Le choix qui s’imposait à elle était important, trop pour elle. Elle chuchota quelque chose en se tournant vers le rocher, qui émit un nouveau bruit sourd. Plus fort cette fois. Sherockee sourit. Le rocher semblait lui parler, mais seul elle comprenait. Codven fut effrayé par le bruit, mais Danam ne bougea pas. Son regard flamboyant trahissait son impatience.

    – Danam, tu entends ce rocher, n’est-ce pas ? Il parle, mais tu ne le comprends pas. Pour cause, un cœur qui n’a plus la pureté que j’ai donnée à tous ceux qui en ont un ne peut pas briser la barrière de ce langage mystérieux. Justement, à propos de cœur… En as-tu encore un ? Je ne sais pas grand-chose de toi, mais je reconnais quelqu’un qui ne comprend plus pourquoi les gens s’aiment ou se déteste, quelqu’un qui ne sait plus ce qu’est la passion ou la haine. Toi, sais-tu pourquoi les mondes n’arrivent pas à s’entendre ?

    Sherockee sourit et regarda fixement Danam. Il semblait embarrassé des questions qu’elle lui posait. Incapable de répondre, il s’enferma dans le silence. Sherockee semblait contente.

    – Tu vois, tu ne sais pas. Le cœur t’aurait permis de comprendre, mais tu penses qu’il est une faiblesse. Un cœur te fait comprendre certaines choses, il te permet d’en ressentir d’autres ; mais il t’empêche de commettre des erreurs que même le temps ne peut pas réparer. Il n’est pas une faiblesse, mais un moyen de prévenir, de penser différemment. Mais tu ne l’as pas compris… Tu sais ce que je vais faire ? Je vais rentrer Là-Dedans… Mais seule. Si tu veux quelque chose qui s’y trouve, tu n’auras qu’à me le dire.

    – Si je te le dis, tu ne voudras jamais le prendre. Mais si tu veux rentrer seule, pas de problème. Je rentrerai, avec ou sans toi. Même de force.

    Sherockee rit. Danam commençait à s’énerver, mais elle continua à rire. Codven s’était levé et s’était écarté. Il savait que lorsque Sherockee commençait à rire, Danam s’énervait très vite et les deux faisaient souvent des ravages. Danam commençait à serrer les poings et à serrer les mâchoires. Sherockee le défia du regard, en souriant.

    – Tu pourrais tenter d’y rentrer par la force, mais sans la clé, tu n’y arriveras pas ! Tu t’épuiserais pour rien !

    – Donne-moi cette clé !

    – Non !

    Sherockee rit encore. Cette fois, Danam était vraiment énervé. Il s’approcha de Sherockee et se mit juste devant elle. Elle ne bougea pas. Le rocher émit une nouvelle fois un bruit sourd. Sherockee se plaqua complètement contre la pierre, les mains bien à plat.

    – Donne-moi cette clé, c’est la dernière fois que je te le demande.

    – Tu pourrais me le demander autant de fois que tu le veux, mais tu ne l’auras pas.

    Danam avait le regard ardent de colère. Son visage était crispé, ses traits tirés. Sherockee ferma les yeux. Le rocher parla encore une fois.

    – Le rocher vient de me demander de te dire de faire attention à tes gestes.

    – Et toi tu devrais faire attention tout court !

    Danam ne se contint pas plus longtemps. Il lança son poing avec une violence inouïe. Sherockee esquiva le coup en se baissant et fit tomber Danam en lui infligeant un coup dans les jambes. Mais l’attaque que Sherockee venait d’esquiver avait atterrit sur le rocher qui émit un bruit beaucoup plus fort que les autres, comme s’il eut été fâché. Sherockee se releva d’un bond et plaqua sa main contre la paroi. La lueur dorée réapparut dans sa main. Sherockee caressa la roche.

    – Calme-toi, il ne le mérite pas. Il a oublié, lui aussi. Calme-toi, je t’en prie. Je m’en charge.

    Danam s’était figé au sol, surpris par le bruit. Il s’était relevé lentement et était allé vers Codven. Sherockee rigola en les voyants ainsi.

    – Alors les gros durs ? On a peur des rochers ? Je crois que je vais pouvoir rentrer tranquille maintenant. Méfiez-vous tous les deux, j’ai réussi à le calmer, mais il ne m’écoute pas toujours ! Maintenant, écoutes-moi bien Danam, et toi aussi Codven. Ici, vous êtes impuissants, vous êtes faibles. Vous vous croyez forts, mais ici c’est mon terrain. Là-Dedans me parle, me comprend. Vous, vous n’êtes qu’une misérable armée. Moi, j’ai la chance d’avoir une équipe, des amis, des personnes qui m’aiment. Même ce qui est à l’intérieur de Là-Dedans. Alors, maintenant, je vous le demande gentiment : partez d’ici. Si vous ne le faites pas, malheureusement pour vous, vous rencontrerez une partie de ma belle équipe, mais ce ne sera pas pour venir vous dire bonjour.

    Sherockee les regarda tour à tour. Ils ne cherchèrent pas à rester plus longtemps. Ils partirent, d’abord en marche arrière et enfin, en avant. Ils ne demandèrent pas leur reste. Ils s’en allèrent doucement, et sautèrent de l’île. Sherockee sourit et se tourna vers le rocher. Elle posa sa main à plat et ferma les yeux.

    – La pluie peut tomber, les larmes peuvent couler, le soleil peut se coucher, les hommes peuvent se tuer… La vie continuera son infernale tourbillon tant que mon âme restera limpide et mon cœur clair. Les bêtises des peuples ne sauront jamais déstabiliser ce qu’il me reste, et puisque toi, Enfer des âmes sombres, sait qu’il faut limiter l’effroyable dans ce monde, je te demande, d’enfermer l’âme qui s’est installée en moi. Je te supplie de m’aider à retrouver l’avant, à retrouver le chemin que j’ai choisi.

    La pierre, une nouvelle fois, brilla. La lueur bleue dessina l’immense porte qui menait Là-Dedans. La lueur dorée dans la main de Sherockee s’étendit et s’intensifia. Le calme était revenu, la tornade avait repris sa place. Lentement, Sherockee alla poser ses mains sur deux poignées qui venaient d’apparaitre. Elle poussa doucement la porte. Un vent glacial souffla. Sherockee s’avança, les yeux toujours fermés. La porte se ferma derrière elle.


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