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    Avril, quatre mois plus tard

    – Pourquoi êtes-vous partie ? Vous saviez que votre procès allait commencez, mais vous êtes quand même partie. Alors, pourquoi ?

    Je veux bien vous le dire, mais vous n’allez pas me croire, encore une fois. J’ai compris le processus des agences et de leurs agents maintenant !

    Je veux bien faire plus d’efforts. Alors, pourquoi êtes-vous partie ?

    Je suis partie parce que des personnes ont menacé de tuer une des personnes qui m’est le plus cher. Le marché était simple : je n’allais pas aux Etats-Unis et je ne rentrais en contact avec personne qui s’y trouvait durant le procès et il restait en vie. Sinon… Ils le tuaient.

    Qui sont ces personnes qui ne voulaient pas que vous alliez à votre procès ?

    Des personnes que vous ne devez pas connaître.

    Vous avez des noms ?

    Oui, mais si je vous les dis… Ils viendront pour vous tuer. Croyez-moi, c’est vraiment quelque chose avec laquelle on ne rigole pas, avec laquelle je ne rigole pas.

    – D’accord… Mais, pourquoi avoir attendu quatre mois pour revenir ? Le procès n’a duré que deux jours, jusqu’à ce que quelqu’un tue le juge en charge de l’affaire. L’enquête est relancée d’ailleurs.

    – Chouette, je vais pouvoir profiter encore un peu du FBI, ironisa Sherockee. Si j’ai attendu autant de temps, c’est tout simplement parce que, là où j’étais, je n’avais pas de radio ! Alors, j’ai jugé bon d’attendre autant de temps que je le pouvais. Ce n’est pas facile de savoir combien de temps va durer un procès sur un iceberg ! Je me suis amusée comme une folle ! Les ours blancs sont vraiment sympas ! Je n’ai pas vu le temps passer… Enfin, je suis quand même revenue, vous voyez. Ensuite… Si vous voulez que je vous raconte tout…

    – Mais avec plaisir, j’ai tout mon temps.

    Arctique, le jour précédent

    Sherockee se réveilla. Elle avait réussi à dormir quelques heures, une première depuis qu’elle était là. Le givre recouvrait ses lèvres, ses vêtements, ses cheveux et ses ailes. Elle regarda autour d’elle. C’était l’époque des nuits polaires, par conséquent, il faisait nuit. Autour d’elle, des icebergs et de l’eau. Deux ours nageaient, espérant trouver quelques poissons. Quelques belugas sortaient parfois de l’eau. Sherockee se redressa et s’étira. Elle déplia ses ailes et les frictionna. Le froid ne semblait pas la gêner, autrement ; elle ne semblait pas avoir froid. Elle se leva. Le vent s’était levé depuis quelques jours, ce qui empêchait Sherockee de marcher vite. Elle dut battre des ailes plusieurs fois et les frotter énergiquement encore plusieurs fois pour pouvoir s’envoler. Les plumes avaient gelé, mais Sherockee réussissait malgré tout à voler avec précision. Elle survola la banquise, puis se dirigea vers la Sibérie. Elle comptait aller à Saint-Pétersbourg, elle voulait revoir la civilisation, mais toujours sans être vue. Lorsqu’elle fut arrivée, elle se posa près d’un vendeur de journaux. Elle regarda les journaux. Elle faisait une nouvelle fois la une. Elle fut étonnée d’ailleurs lorsqu’elle regarda la date. Cela faisait maintenant quatre mois qu’elle avait disparu, mais les journaux gardaient encore une vive attention sur son affaire. Sherockee attirait l’attention sur elle, elle était l’objet de convictions et d’enquêtes, elle était un exemple pour certains, une utopie ou une folle à lier pour d’autres. Certains croyaient connaître sa vie, d’autres s’imaginaient avoir eu une interview avec elle. Elle fut même l’objet d’un quizz sur la personnalité. Oui, elle était décrite sous toutes les coutures, même les plus absurdes. Elle rit et passa son chemin.

    Elle avait du mal à croire qu’elle ne s’était toujours pas fait oublier. Elle regarda autour d’elle. Les passants ne se préoccupaient pas les uns des autres, chacun traçait son chemin. Sherockee alla se balader près de la Neva, le fleuve qui passe dans Saint Pétersbourg. Sherockee arriva au bord du fleuve.

    Soudain, elle eut un horrible mal de tête. Elle entendait des sifflements aigus, insoutenables. Elle se plia en deux, les mains sur les oreilles, essayant de résister à ces bruits horribles. Les sifflements finirent par se calmer et par laisser place à des mots entrecoupés. Sherockee ne réussissait pas à tout saisir, mais assez pour comprendre. C’était un message, il fut répété plusieurs fois. Lorsque Sherockee le comprit, son visage s’illumina. Elle s’envola rapidement vers l’ouest. Elle vola au-dessus de toute l’Europe. Elle volait plus vite, ses battements d’ailes étaient plus forts. Elle savait comment utiliser les vents à son avantage. Elle passa par-dessus la Norvège, puis par-dessus la Grande-Bretagne avant d’arriver au-dessus de l’Atlantique. Cet océan lui rappela des souvenirs… Mais pas des meilleurs. Elle finit par arriver au-dessus du golfe du Saint Laurent, au bout de longues heures de voyage. Elle longea les côtes canadiennes et américaines, pour arriver à New York. Elle survola la ville, dépassa le quartier de Bronx et tourna dans une petite baie, éloignée. Sherockee volait moins vite et semblait se concentrer sur quelque chose. Elle s’arrêta soudain et piqua. Elle se ralentit lorsqu’elle fut à moins d’un mètre des arbres. Elle s’arrêta quelques secondes, ferma les yeux et se jeta dans les arbres. Elle réussit à se rattraper dans les branches et à se réceptionner au sol. Elle regarda autour d’elle. Personne aux les alentours. Ses ailes se replièrent sur le dos de Sherockee et disparurent. Sherockee se mit à marcher dans une direction précise. À un moment, elle se mit à courir dans une grande pente. Elle faillit tomber à plusieurs reprises, mais ça ne l’arrêtait pas. Finalement, elle s’arrêta dans une partie de la forêt plus dense.

    – Grégoire ? Où es-tu ?

    Un petit murmure se fit entendre. Sherockee se précipita vers un arbre. Grégoire y était adossé, sans force. Sherockee se laissa glisser jusqu’à lui sur les genoux, et le prit dans ses bras. Il cria de douleur, elle fit un bond.

    – Désolée… Mais qu’est-ce qu’ils t’ont fait, bon sang ?

    Grégoire était dans un état pitoyable. Ses habits déchirés laissaient voir la souffrance endurée. Ses blessures étaient multiples : hématomes, entailles et cicatrices recouvraient son visage et son corps.  Sherockee regarda autour d’elle et alla chercher quelques plantes. Elle revint au bout de quelques petites minutes et s’installa à côté de Grégoire.

    – Ne t’inquiètes pas, c’est fini. Je suis là, je vais te guérir. Par contre, ça va un peu… Faire mal au début. Serre les dents que tu as réussi à garder et ça ira !

    Elle rigola. Grégoire lui fit un regard noir. Il n’arrivait pas à bouger ; heureusement pour elle. La jeune femme posa délicatement quelques morceaux des plantes sur les blessures et passa ses mains par-dessus en récitant son espèce de prière en langue inconnue. Elle le fit plusieurs fois. Grégoire la regardait faire, sans rien dire. Il avait d’affreuses douleurs au niveau de ses blessures, mais il ne voulait pas le montrer. Il voulait garder sa fierté, il était trop arrogant pour montrer qu’il avait mal. C’était le genre d’homme qui se voulait toujours vu sous sa force et non sous ses faiblesses. Sherockee eu finit après quelques instants, mais elle semblait ne plus avoir de force, plus fatiguée qu’avant. Grégoire, par contre, avait retrouvé son énergie, et essayait de bouger. Des douleurs le prirent dans une épaule et les jambes, mais il réussit à bouger malgré tout. Il prit tendrement Sherockee sous son bras.

    – Merci.

    Elle lui sourit et se posa délicatement contre son épaule. Il entoura ses cheveux autour de ses doigts, ses doux cheveux blancs, heureux de les retrouver enfin. Au bout de quelques minutes, elle ferma les yeux. Elle resserra ses bras autour de lui, et s’endormit pour un bon moment. Grégoire s’endormit aussi. Ils restèrent l’un contre l’autre, contre l’arbre. Lorsque Sherockee se réveilla, il faisait déjà presque nuit. Le soleil était déjà bas. Elle se releva lentement et regarda une nouvelle fois autour d’elle.

    « J’ai vraiment l’impression d’être parano ! Il faut que j’arrête de faire ça, personne ne vient par-là ! »

    Elle se frotta les yeux et s’étira. Elle se leva doucement ; la tête lui tournait un peu, mais elle avait l’habitude. Elle alla faire un petit tour. Ensuite, elle revint et alla s’asseoir en face de Grégoire. Elle se mit en tailleur et inclina un peu la tête, comme à son habitude. Elle veillait sur lui, attentive à chaque bruit et à chaque mouvement. Elle se sentait responsable de lui, elle ne voulait pas qu’il lui arrive quoi que ce soit. Elle retira son pull et le mit sur lui, en guise de couverture. Elle était en débardeur, mais cela ne semblait pas le gêner. Elle resta ainsi jusqu’au matin, assise en face de lui. Elle finit par s’endormir, la tête posée sur sa main. Ce fut Grégoire qui la réveilla. Il lui redonna son pull. Sherockee rouvrit lentement les yeux et bailla.

    – Ça va mieux?

    – Oui, mais je ne voulais pas que tu te fatigues comme ça. C’est inutile que tu puise toute ton énergie pour moi. Et puis remets ça, tu vas finir par attraper froid !

    – Je suis insensible aux microbes… Il fait déjà jour ? Mince, je n’ai pas vu le temps passer. J’ai bien récupéré. Je ne sais pas depuis combien de temps je dors, mais ça fait un petit moment. Ça a l’air d’aller mieux, toi. C’est le plus important, je suis contente. Tu vas mieux n’est-ce pas ?

    – Oui, oui… Ça va. J’ai l’impression que tout est encore flou, je n’ai plus tellement la notion du temps, mais ça va. Par contre, j’ai encore vachement mal dans l’épaule et dans les jambes.

    – Raconte-moi ce qu’ils t’ont fait, s’il te plaît, je veux savoir.

    – Eh bien… Je crois que c’était il y a… Quelques jours ou quelques semaines, j’étais dans un endroit sombre, mais je ne savais pas où. Lorsque tu es sortie de la salle, des flèches m’ont frappé de plein fouet. J’ai réussi à rester conscient quelques secondes, mais j’ai fini par tomber dans le coma. Quand je me suis réveillé, j’étais dans le noir et Danam était en train d’aiguiser… Une espèce d’épée toute fine. Elle faisait un beau reflet bleu…

    – L’épée d’Izam…

    – Si tu le dis… Ensuite, je me rappelle seulement que chaque jour, ils me faisaient quelque chose de nouveau pour me punir de… De quelque chose, je ne sais plus quoi. Un jour, ils me faisaient tout ce qu’ils pouvaient avec leurs armes pendant une ou deux heures ; un autre jour, ils me frappaient jusqu’à ce que je n’ai plus de force ou encore, il n’y a pas longtemps, Codven me brisait les os en les écrasants ou me les déplaçaient jusqu’à ce qu’il n’y ai plus… D’os. J’ai voulu me défendre plusieurs fois, mais à chaque fois, ils étaient plus forts, plus nombreux.

    Sherockee avait le regard flamboyant de colère, la mâchoire et les poings serrés.

    – Je me vengerais de ce qu’ils t’ont fait, je te promets qu’ils vont le regretter.

    – Sherockee ! Tu t’écoutes parler ? La vengeance ne mène à rien, tu le dis tout le temps ! Tourne sept fois la langue avant de parler !

    – Quoi ?

    – Mais tu t’entends ? Tu m’inquiète !

    – Quoi, qu’est-ce qu’il y a ?

    – Tu ne te souviens pas de ce que tu viens de dire ou quoi ?

    – Non… Je me souviens que tu me parlais et puis que tu m’as dit de tourner sept fois la langue dans ma bouche avant de parler.

    – Tu ne te souviens pas que tu m’aies dit que tu te vengerais ?

    – Mais qu’est que tu racontes ? Pourquoi je me vengerais ? La vengeance ne mène à rien de toute façon ! Danam et Codven paierons ce qu’ils ont fait un jour ou l’autre, et ça vaudra mieux que si je leur faisais payer.

    – Sherockee, depuis combien de temps tu n’es pas allée de l’autre côté ?

    – Je ne sais plus… Ça doit faire un peu plus de cent ans ou quelque chose comme ça… Je ne m’en rappelle plus vraiment.

    – Il faudrait que tu ailles y refaire un tour, tu en as vraiment besoin. J’ai l’impression d’avoir deux personnes avec moi ! Il faut que tu y penses, d’accord ?

     

    Interrogatoire

    – Ensuite, je l’ai emmené à l’hôpital pour qu’il se fasse soigner comme il le fallait, même s’il m’a assuré que tout allait bien. Et puis, je suppose que vous connaissez la suite avec l’infirmière qui vous a appelé en jurant que j’avais encore faillit tuer quelqu’un et les équipes de toutes les agences qui sont arrivées en faisant tellement peur qu’un malade a fait une bonne grosse crise d’angoisse… Suivit d’une crise cardiaque qui heureusement n’a pas tournée au désastre. Bref, vous connaissez toute ma journée d’hier et ma matinée d’aujourd’hui.

    Sherockee avait raconté son histoire, en omettant ce que lui avait dit Grégoire à propos de “l’autre côté”. Trop de questions ensuite, trop de suspicions. Elle avait aussi décrit comment elle avait guéri Grégoire, en parlant simplement des plantes et non de ses pouvoirs. Encore trop de questions et suspicions. Sherockee regardait l’agent qu’elle avait en face d’elle. Un grand black aux dents magnifiquement blanches, aux muscles d’acier et à la carrure d’athlète. Il était de l’équipe de l’agent Muncky, qui finalement avait accepté de reprendre l’affaire. Il avait l’air complètement impassible, mais Sherockee voyait bien qu’il bouillonnait à l’intérieur. Il tapotait du pied par terre, ou alors bougeait toute la jambe, tout le temps. Sherockee souriait, lui moins. Elle était détendue, elle le regardait fixement, attendant une autre question. Elle avait été menottée, mais après que les agents l’ai vu jouer avec les menottes, ils avaient compris qu’il fallait chercher autre chose. Ils étaient toujours à chercher.

    – Je me demandais, pourquoi le FBI ne laisse pas cette affaire aux autres agences ? Au moins m’interroger ? C’est vrai, ça fait bien six mois que vous enquêtez, mais vous n’avez toujours rien fait ! Foutez-moi en taule ou laissez-moi libre ! C’est vrai, faut se décider dans la vie ! Ce n’est absolument pas contre vous, mais je sens que je ne vais plus pouvoir tenir longtemps ici. J’ai déjà tenu pas mal de temps et je commence vraiment à en avoir marre en fait… Je vais m’emporter plus vite mais je ne voudrais pas blesser quelqu’un !


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