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    Ils rigolaient. Ils marchaient le long du fleuve depuis un peu moins de vingt minutes . Sherockee racontait beaucoup de ses aventures, Grégoire rigolait avant de lui raconter les siennes. Il lui raconta toutes les folies et toutes les escroqueries qu’il avait faites pendant les mois où ils ne s’étaient pas vus. Ils étaient bien ensemble, Sherockee oubliait tout. Elle oublia même de contrôler ses pouvoirs, heureusement, elle reprit son véritable visage lorsqu’ils étaient hors de portée des caméras et des regards des autres personnes. Ils s’allongèrent dans l’herbe et continuèrent à discuter. Ils parlaient tous les deux sans s’arrêter. Et puis, au bout de plus d’une heure  le ventre de Grégoire se mit à lui parler. Sherockee rigola et se redressa. Grégoire la prit par les épaules et la rallongea. Ils restèrent un moment sans bouger. Et puis, le ventre de Grégoire refit un bruit, plus long cette fois. Grégoire se leva et entraina Sherockee avec lui. Sherockee ne comprenait pas.

    Dis-moi, pourquoi est-ce que la première fois, tu ne te lève pas alors que la deuxième fois, tu cours jusqu’au premier restaurant ?

    Ça s’appelle la confirmation du ventre ! C’est juste pour être sûr que tu ais faim, pour ne pas manger pour rien !

    Sherockee soupira. Ils entrèrent dans une brasserie. Le serveur reconnut tout de suite Grégoire. Il lui serra la main et ils commencèrent à papoter. Sherockee leva les yeux au ciel, prit un menu et alla s’installer à une table, près des baies vitrées qui donnaient sur les terrasses. Elle s’installa et commença à feuilleter le menu. Elle ferma la carte lorsqu’elle vu Grégoire revenir avec un grand sourire. Il s’installa en face d’elle et avant qu’elle ne puisse lui demander, il répondit.

    C’est juste un ami ! Il s’appelle Alexandre et tu n’en sauras pas plus sur nous deux. Alors, qu’est-ce que tu veux manger ?

    Moi, rien du tout. Et puis, si tu prends un énorme plat, je sais que je vais manger plus que toi ! Et toi, qu’est-ce que tu prends ?

    Grégoire commanda une salade de crudité et de poisson pour deux et un plat de pâtes et de viande. Ils mangèrent en silence. Sherockee piochait un peu de salade de temps en temps, mais elle fixait Grégoire de son magnifique et profond regard. Lui essayait de voir quelque chose dans son regard, mais elle ne laissait rien entrevoir, rien transparaitre. Lorsque le serveur débarrassa l’entrée, Grégoire brisa enfin le silence.

    Bon, dis-moi, qu’est-ce qu’il y a ? J’ai un bouton au milieu du front ? J’ai le strabisme peut-être ? Ou bien tu as simplement envie de me dessiner après le repas et tu prévoies de faire le nombre exact de cheveux sur ma tête ?

    Sherockee sourit et baissa les yeux. Elle regarda ses mains. Grégoire lui remonta la tête.

    Qu’est-ce qu’il y a ?

    Rien, je me demandais juste ce qu’il allait m’arriver après… Je m’en vais d’ici, mais le monde des humains est petit, les nouvelles circulent plus vite qu’ailleurs… Et puis, tu dois savoir ce que j’ai fait au directeur du FBI ; j’espère seulement qu’il est encore en vie, mais qu’il est tellement en mauvaise état qu’il ne pourra pas se rappeler de ce que j’ai fait ! Mais même s’il ne se rappelait pas de ce qui s’est passé, j’ai toujours l’affaire qui me colle à la peau, mais je ne vais pas pouvoir me cacher éternellement.

    Oui… Mais pourquoi tu ne veux pas simplement passer devant le juge ? Je sais, il y a peu de chances pour qu’il ait l’intelligence de te croire et de ne pas t’envoyer en prison, mais pourquoi ne pas te débarrasser de ça ?

    Tout simplement parce que même si après mon procès j’arrivais à m’enfuir, le noir aurait suffisamment de temps pour me ruiner, moi et mon travail chez les humains. Je ne peux pas me le permettre ! Tu comprends, si je leur laissais ne serait-ce que deux jours, il serait capable de… De… De faire des choses que je n’ose même pas imaginer. Donc, la meilleure solution est d’échapper à la justice des humains ! Mais il faut être vraiment doué pour réussir à le faire tous les jours ! Et déjà réussir à le faire c’est un exploit… Tu imagines, tu es ami avec une tueuse, recherchée par toutes les agences de ce monde ! Tu vas pouvoir frimer devant les autres !

    Elle rit. Grégoire aussi. Le serveur arriva avec le plat. Grégoire prit une fourchette de pâtes et commença à manger. Sherockee recommençait à le fixer. Il secoua la tête, prit un peu de pâtes et un petit morceau de viande et lui fit manger. Elle savoura la bouché. Elle était conquise par les saveurs. Elle prit sa fourchette et commença à piocher dans le plat. Ils mangèrent le plat en discutant cette fois. Ils parlaient surtout des humains. Sherockee rigolait beaucoup lorsque Grégoire lui racontait ses échecs lors de mission auprès des humains. Lui s’amusait beaucoup lorsqu’elle lui racontait comment elle essayait d’éviter le pire à certaines personnes et qu’elle ne réussissait pas. Ils mangèrent le plat et se levèrent de table. Pour une fois, Grégoire paya. Alexandre fut impressionné et remercia Sherockee pour la “bonne influence” qu’elle avait sur Grégoire. Elle rigola et retint Grégoire de mettre un coup à Alexandre. Ils se mirent à marcher, il était treize heures trente . Sherockee devait aller dans un petit parc dans le nord de Washington. Elle mit la capuche de son gilet et changea de tête. Grégoire avait un regard triste. Elle lui prit la tête entre ses mains.

    Ne t’inquiète pas, si je reviens, tu seras le premier que je viendrais voir, je te le promets. Et puis, je te donnerais des nouvelles.

    Tu dis ça à chaque fois mais il faut toujours que j’attende trois mois avant de savoir que tu es en vie. Et puis, promets-moi quelque chose : promets-moi que tu reviendras.

    Je te le promets. Il faut que j’y aille maintenant. Ne t’inquiète pas trop pour moi, d’accord ?

    Elle l’embrassa sur la joue et partit. Grégoire resta sur le trottoir sans bouger pendant plusieurs minutes avant de partir.

     

    Sherockee marchait vite. Pas question de se faire voir, mais pas question non plus de rater son rendez-vous. Elle vérifiait derrière elle, sur les côtés et partout autour d’elle que personne ne la suivait. Elle héla un taxi. Le trafic était fluide, elle arriva au parc vingt minutes plus tard. Elle régla la note et sortit. Elle regarda les arbres et s’engagea dans le parc. Il restait dix minutes à attendre, mais tant de choses peuvent se passer en dix minutes… Elle regarda autour d’elle encore une fois avant de prendre un chemin entre les arbres. Elle se cacha dans de hautes herbes et reprit son visage. Elle se coucha dans la végétation et croisa ses mains derrière sa tête. D’abord, elle écouta les bruits de la forêt, sans se soucier de rien. Elle était bien dissimulée dans les herbes, personne ne savait qu’elle était là. Après, elle entendit des étudiants passer, se plaignants d’avoir un contrôle de mathématiques ou un devoir de philosophie. Ensuite, elle entendit une femme et son enfant passer. Puis, un couple. Ensuite, un groupe de français. Et puis, un grand moment de silence. Sherockee se redressa, il était presque l’heure. Elle se leva, mit sa capuche et se dirigea vers un croisement qui fait le coin du parc. Elle se mit entre deux arbres, accroupit. Une voiture de police passa, Sherockee se cacha encore un peu plus. Une voiture noire passa derrière la voiture de police et se gara. Sherockee attendit que les policiers ai passé le coin et se leva. Elle entra dans la voiture noire.

    Bonjour l’irlandais !

    Ne commencez pas, nous avons tout un trajet à faire, mais je n’ai pas encore choisi si je le faisais entièrement avec vous ou si je m’arrêtai avant… Alors maintenant on oubli ce faux départ et on reprend.

    Bonjour l’irlandais !

    Vous êtes vraiment pénible lorsque vous vous y mettez.

    Il démarra la voiture. Sherockee enleva son gilet et se remit les cheveux en place. Elle prit le sac posé sur la banquette arrière et l’ouvrit. Il y avait plein de vêtements, tous repassés et pliés. Elle prit un t-shirt, ferma le sac et le reposa sur la banquette. Elle retira la chemise de Jonathan et déplia le t-shirt. Elle fit des acrobaties pour réussir à le passer, mais finalement réussit à le mettre comme il faut. Ensuite, elle se retourna vers le conducteur.

    Bon, tu as décidé de ne pas parler pendant tout le trajet ou tu veux bien causer un peu ?

    Comment faites-vous pour toujours vous mettre dans l’embarras ?

    Alors, premièrement : tutoies moi s’il te plaît, sinon j’ai l’impression d’être plus vieille que je ne le suis déjà. Deuxièmement, je ne sais pas du tout comment j’ai fait, pour une fois, ça m’est tombé dessus comme ça. Et toi, comment ça va ?

    Moi ça allait jusqu’à ce que je reçoive l’appel de la reine pour me demander de vous… De te conduire à l’aéroport. Je dois vous… T’avouer que sur le coup j’ai voulu aller te chercher pour t’étrangler. J’étais en vacances avec ma femme et toi tu débarques… Enfin, ce n’est pas trop grave, de toute manière c’était le dernier jour ; on rentre demain.

    Désolée, je ne voulais pas te déranger. Je te jure je n’ai pas fait exprès d’empirer mon cas ! Mais vraiment ce mec me sortait par les trous de nez ! D’ailleurs, tu pourrais faire un petit détour ?

    Non, on a un planning à respecter, on ne peut pas se permettre d’arriver en retard à l’aéroport.

    Allez, s’il te plaît ! Allez James ! Ou alors laisses-moi quelques minutes pour faire le détour ! Je veux juste voir s’il est encore vivant et la tête qu’il a maintenant !

    James soupira et se gara sur le trottoir. Il coupa le contact et se tourna vers Sherockee.

    Tu es toujours aussi pénible ?

    On dit de moi que suis une gamine, que je suis inconsciente, têtue, fatigante, insupportable et incontrôlable, que je n’écoute rien et beaucoup d’autres choses.

    Je te donne quinze minutes. Je ne sais pas où tu veux aller mais dépêches-toi !

    Sherockee se détacha en vitesse et prit son gilet. Elle ouvrit la portière, sortit et la claqua. Et elle commença à courir. Elle courait beaucoup ces derniers jours, mais elle se sentait infatigable. Elle arriva quelques minutes plus tard à l’hôpital où était soigné le directeur du FBI. Elle grimpa rapidement à la façade et rentra dans une chambre. Par chance, il n’y avait personne. Elle ouvrit lentement la porte et passa la tête dehors. Lorsqu’il n’y avait plus grand monde dans le couloir elle sortit. Elle se dirigea habilement dans l’hôpital et arriva dans la chambre du directeur. Elle entra. Une infirmière était là, mais Sherockee ne s’en préoccupa pas. Elle s’assit dans le fauteuil à côté du lit, haletante. L’infirmière regarda Sherockee.

    Qu’est-ce que… Qu’est-ce que vous faites là ?

    Oh, ne vous inquiétez pas, je ne suis pas là pour longtemps. Je viens juste passer un petit bonjour, dit-elle en se tournant vers le lit. Je vois que ça ne vous a pas vraiment arrangé votre tête que je vous balance la table. Peut-être que si je recommence se sera mieux… C’est dommage que je doive m’en aller déjà… Peut-être une autre fois ! En tout cas, si jamais vous avez quelqu’un qui a besoin de se refaire la face, au lieu de passer par la chirurgie, dites-lui de passer par moi, d’accord ? Allez, je vous laisse, il faut que je file. Et vous, posez le téléphone, je m’en vais !

    Elle rigola, posa un baiser sur le front du directeur, ouvrit la fenêtre et s’en alla. L’infirmière avait appelé les agents qui étaient derrière la porte, mais Sherockee était trop rapide. Ils essayèrent de lui tirer dessus du haut de l’hôpital, mais Sherockee courait à l’envers et leur faisait des grimaces. Au bout de la rue, elle se retourna et tomba nez à nez avec une voiture avec des agents dedans, qu’elle sauta, avant d’accélérer. Les agents la suivirent en voiture, mais Sherockee allait trop vite. Quelques minutes plus tard, elle rentrait dans la voiture de James. Elle était essoufflée mais rigolait. James soupira et lui demanda ce qu’elle était allée faire. Elle lui raconta pendant qu’il partait en direction de l’aéroport. Il rigola lorsqu’elle lui raconta ce qu’elle faisait avec les agents. Elle disait que c’était un “rituel” pour elle. Sherockee s’installa dans son fauteuil et regarda le paysage défiler. Elle ne savait pas où ils allaient et ce qu’elle allait faire à l’aéroport, mais elle avait confiance. Elle se laissait trainer partout. Il suffisait que ce soit pour s’enfuir ou alors que ce ne soit pas dangereux et elle se laissait faire. Le paysage ne changeait pas beaucoup. Toujours la ville. Sherockee savait maintenant qu’ils allaient à l’aéroport de Washington-Dulles. James lui expliqua qu’elle devrait prendre un vol de ligne, qu’elle devrait se débrouiller pour ne pas se faire remarquer.

    – Le billet est dans la boîte à gants. Il va falloir que vous… Que tu fasses attention. Je pense que les agents de sécurité ont ta tête accrochée dans leur bureau et qu’ils connaissent parfaitement ton visage. Je ne sais pas comment tu vas faire pour passer, mais méfies-toi !

    Sherockee rigola, James n’était pas au courant pour ses pouvoirs. Elle ne voulait pas lui dire, malgré le fait que ce soit son ami. Elle alluma la radio et commença à chanter. Elle s’installa dans son siège tranquillement. Ils arrivèrent à l’aéroport au bout d’une demi-heure. James se gara, coupa le moteur et se tourna vers Sherockee.

    – Bon… Il va falloir que tu y ailles… J’aurai bien voulu venir avec toi, mais ma femme me tuerait ! Ton avion se posera à Dublin, après, je ne sais pas ce qui se passera. Je pense que tu trouveras là-bas !

    Merci beaucoup, grâce à toi, je vais pouvoir arrêter un temps de courir partout. Merci, merci beaucoup. Il faudra que je t’arrange quelque chose, je te dois quelque chose.

    – Non, je n’ai besoin de rien. Et puis, ça n’était rien. Ça m’a fait plaisir. Allez, vas-t-en, tu vas rater l’embarquement ! Et prends le sac !

    Sherockee remercia James et se sauva  avec le sac et le billet. Elle mit sa capuche lorsqu’elle fut dehors et comme un nouveau rituel, elle changea de tête et de couleur de cheveux. Elle rentra dans le hall et courut pour arriver au guichet à l’autre bout. Elle demanda à quel endroit se trouvait l’enregistrement pour le vol jusqu’à Dublin. On lui indiqua la salle, l’heure du départ, etc. Elle partit et alla s’enregistrer. Après les contrôles habituels, elle se mit dans la salle d’attente  pour l’embarquement. Elle regarda les gens autour d’elle. Il y avait un jeune, les écouteurs enfoncés dans les oreilles avec la musique à fond, un vieux monsieur qui somnolait, un couple avec deux enfants, qui semblaient beaucoup s’amuser avec un carnet, une jeune femme qui pianotait sur son téléphone et beaucoup d’autres personnes. Sherockee était calme, mais quelque chose la perturbait. Elle était parcourue par une sensation étrange, une oppression étouffante ; elle l’avait déjà ressentie, mais ne savait plus quand. Elle ne chercha plus. L’heure d’embarquer était venue. Sherockee laissa les gens passer avant elle. Il lui fallut attendre quelques minutes , il y avait vraiment du monde. Elle monta dans l’avion et s’installa dans son fauteuil. Elle était entre le hublot et une Russe. Elle commença à lui parler d’un peu de tout, pour se calmer. L’autre fut surprise qu’elle sache parler parfaitement le russe. Elles commencèrent à discuter. Elles se parlèrent lors du décollage et un peu après aussi. Au bout d’un moment, Sherockee se leva pour aller aux toilettes. Elle ferma le verrou. Son angoisse avait grandi, elle ne se sentait pas bien. Elle s’appuya contre le lavabo en soufflant. Elle l’ouvrit, se mit de l’eau sur le visage et releva la tête vers le miroir. Elle se regarda un moment, son reflet laissait voir que sa peau avait blanchi, on aurait pu croire que le miroir était embué. Elle se fixait lorsqu’apparu devant elle le visage de Danam. Elle se recula d’un bond et dut se rattraper contre le mur pour ne pas tomber.

    « Non… Ça n’est qu’une illusion… Reprends-toi ! Pourquoi est-ce que je me sens si mal ? Pourquoi… Je deviens complètement folle ! »

    Elle se releva et regarda de nouveau le miroir. Fixement. Le visage réapparut. Sherockee paniqua. D’un coup de poing, elle brisa le miroir. Des éclats volèrent. Elle resta sans bouger, le poing dans la glace qui avait cassé, en sang. Elle le retira et le passa sous l’eau. De petits éclats s’étaient coincés sous sa peau. Elle n’essaya pas de les retirer. Elle sortit et alla se réinstaller à son siège. La Russe lui demanda ce qu’elle s’était fait à la main.

    – Rien, rien…

    Elle était encore blanche, la Russe s’inquiéta de son état. Sherockee ne répondait rien. Elle secoua la tête lorsqu’elle lui demanda si elle voulait voir un médecin. Elle s’enfonça dans son siège et ferma les yeux. Elle écouta chaque bruit, chaque son. La Russe la regardait attentivement. Elle s’inquiétait. Au bout de quelques secondes , Sherockee se redressa d’un coup. Elle se leva et sortit de la rangée, avant de se précipiter vers le cockpit. Une hôtesse de l’air essaya de la retenir mais Sherockee ouvrit violement la porte. Les pilotes se retournèrent. Sherockee resta sans bouger un moment. L’hôtesse la disputait, mais elle n’écoutait pas. Elle referma la porte et alla se rasseoir. Les gens autour la regardaient passer. Elle ne s’en soucia pas et se rassit, la mine défaite. La Russe lui demanda plusieurs fois si tout allait bien. Sherockee ne bougeait plus. Une heure  passa. Sherockee n’avait toujours pas bougé. La Russe lui avait proposé de l’eau, des gâteaux et même un magazine, mais Sherockee n’avait pas bougé. Elle avait les bras rentrés dans les accoudoirs, la tête qui regardait vers le bas, le regard vide. Les hôtesses gardaient l’œil sur elle. Les heures passèrent , Sherockee ne bougeait pas. Il était à peu près dix-huit heures à New-York, soit environ vingt-trois heures à Dublin lorsqu’elle releva la tête. Certaines personnes dormaient pour combler le décalage horaire, dont la Russe. Sherockee avait encore les yeux grands ouverts, malgré la faible lumière et le calme ambiant. Elle était attentive à chaque bruit. Elle ne voulait pas fermer les yeux. La Russe avait fermé le rideau du hublot, mais Sherockee le rouvrit. La nuit était tombée sur l’Atlantique. Sherockee regarda quelques minutes au dehors. Elle ferma le rideau et se leva. Les hôtesses lui demandèrent si elle voulait quelque chose, si elle avait besoin d’elles mais Sherockee ne répondit pas. Elle se dirigeait une nouvelle fois vers le cockpit, mais lorsqu’elle arriva devant la porte, elle fit demi-tour et retourna s’asseoir. Les hôtesses ne comprenaient plus rien. Sherockee essaya de s’endormir, mais elle n’y arrivait pas. Elle commença à se ronger les ongles, mais renonça – ongles trop durs. Elle se tourna vers la Russe ; elle dormait profondément. Elle regarda autour, revit toutes les personnes qu’elle avait vues dans la salle. Maintenant, presque tout le monde dormait. Le calme régnait. Sherockee se remit dans son siège. Elle ne fit plus rien. Les heures passèrent. Une heure, deux heures , peut-être trois. Il ne restait plus qu’une heure avant l’atterrissage. Sherockee ne savait pas quoi faire. Elle essaya de lire, mais les lettres se mélangeaient. Elle était fatiguée. Elle ferma les yeux et réussit enfin à s’endormir. Lorsqu’elle se réveilla, l’avion était au-dessus de l’Irlande. Sherockee ouvrit rapidement le rideau. Les plaines sauvages vertes émeraude s’étalaient sous l’avion et formait un magnifique paysage. Sherockee était émerveillé. Mais son émerveillement ne dura pas longtemps. Une lame traversa brusquement sa petite lucarne, la brisa et se planta dans son épaule. Les alarmes se mirent en route. Tout le monde se réveilla en sursaut. Sherockee se leva et retira la lame. Les pilotes demandèrent aux personnes de rester calme, de mettre le masque à oxygène, de s’attacher et de ne pas paniquer. Le pilote avait la voix qui tremblait légèrement, mais tout le monde l’écouta et s’exécuta. Sherockee regarda tout le monde mettre son masque à oxygène et reprit son visage. Elle usa de sa magie. Elle avait du mal mais ne voulait pas abandonner. Elle avait mal à l’épaule, la douleur augmentait. Elle forçait pour que l’air n’entre plus. La Russe regardait Sherockee sans masque et s’inquiétait de la voir ainsi.

    – Mais qu’est-ce que vous faites ? Vous êtes folles ! Vous allez mourir, mettez votre masque !

    Sherockee n’écoutait pas, elle continuait. L’air rentrait moins vite, maintenant. Sherockee resta encore quelques secondes à contrer l’air. Puis, l’air ne rentra plus, la dépressurisation s’arrêta. Sherockee s’écroula à terre. Elle se tenait l’épaule. Elle était par terre, sur ses genoux, sous l’air ahurie de la Russe et du reste de l’avion. Sherockee releva la tête vers la fenêtre. Le pilote avait parfaitement gardé le contrôle de l’appareil et le calme était resté dans la cabine. Il annonça qu’ils étaient arrivés à Dublin, qu’ils se poseraient normalement. Dix minutes plus tard, ils arrivèrent sur la piste de l’aéroport et s’arrêtèrent. Sherockee avait perdu beaucoup de sang. La douleur s’était encore intensifiée. La Russe l’aida à se relever. Elle n’avait pas l’air de se soucier de qui elle était.

    – Il faut vous emmener à l’hôpital. Vous allez venir avec moi, je n’ai pas le droit de vous laisser comme cela.

    – Non, ça va aller, je n’ai pas besoin d’aller à l’hôpital…

    – Je suis désolée de vous dire ça, mais je suis prête à vous emmener de force. Venez, je prends votre sac.

    Sherockee se dégagea, elle repoussa gentiment la Russe et prit son sac.

    – Je ne peux pas aller à l’hôpital. Ils vont me retrouver et me mettre en prison directement. Merci quand même.

    Sherockee sortit rapidement. La Russe la rattrapa et se mit devant elle.

    – Je sais qui vous êtes, et je n’en ai absolument rien à faire. Vous êtes blessée, je ne peux pas vous laissez avec cette blessure seule. Vous n’avez qu’à reprendre la tête que vous aviez jusqu’à ce que la lame pète cette vitre. Allez, venez. Et puis, je n’ai pas grand-chose à faire cette nuit. Venez.

    Elles quittèrent l’avion et la Russe récupéra ses valises. Ensuite, elles sortirent et appelèrent un taxi. Le chauffeur leur fit un grand sourire.

    – Où voulez-vous allez ?

    – A l’hôpital le plus proche s’il vous plaît, dit la Russe dans l’anglais le plus parfait. Pardonnez-moi, mais vous auriez un chiffon ou quelque chose d’absorbant dont vous n’auriez plus l’utilité ?

    Le chauffeur ouvrit la boite à gants et lui passa un chiffon troué mais propre. La Russe le prit et le posa sur l’épaule de Sherockee. Celle-ci grimaça de douleur. Le t-shirt était complètement taché. La Russe garda le point de compression, puis Sherockee prit le relais. Lorsqu’elles arrivèrent, Sherockee changea de visage. La Russe n’en vit rien.

     

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